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60 pieds IMOCA

Armel Le Cléac’h : «Avec les foils, on pourrait gagner deux jours lors du prochain Vendée Globe»

  • Publié le : 20/01/2015 - 00:40

Banque Populaire VIIILe déplacement du nouveau Banque Populaire VIII dessiné par VPLP Design et Verdier est annoncé à seulement 6,5 tonnes lège. Près de 1 tonne a été gagnée en quatre ans ! Photo @ jbepron.com

Propos recueillis par Didier Ravon
Son 60 pieds IMOCA Banque Populaire VIII dessiné par le cabinet VPLP-Verdier sera mis à l’eau au printemps. Armel Le Cléac’h, est venu présenter son tout nouveau « jouet » à Paris il y a quelques jours. Objectif avoué : la victoire dans le Vendée Globe 2016, après deux secondes places consécutives lors des deux dernières éditions. Nul doute que l’élégant marin qui soutient notamment l’association Syndrome de Dravet (ASD) sera l’homme à battre. Entretien dans un restaurant baptisé comme par hasard « Les voiles ».

Voilesetvoiliers.com : Armel, avant toute chose, comment va ta main ?
Armel Le Cléac’h : Bien ! J’ai quasiment retrouvé toute la mobilité et la force. J’ai quelques points où je n’ai pas encore toute ma sensibilité au bout des doigts, mais j’avais dit qu’il fallait que je retrouve ma main à 100 % pour la mise à l’eau de Banque Populaire VIII en mars, et ce sera le cas !

v&v.com : Après ta seconde place juste derrière François Gabart dans le dernier Vendée Globe, tu as décidé de repartir très vite pour la prochaine édition ?
ALC : Oui. Nous avons manqué la victoire de trois heures sur un bateau certes abouti, mais conçu par un autre marin (Michel Desjoyeaux ; ndlr). Déjà j’avais très envie d’y retourner, mais en plus partir d’une feuille blanche et très tôt grâce au soutien de Banque Populaire, a été un plus, car avant que la jauge Imoca ne sorte en décembre 2013, nous avions bien débroussaillé le terrain avec les architectes Vincent Lauriot-Prévost et Guillaume Verdier, le Team Banque Populaire dirigé par Ronan Lucas, et aussi celui de Safran.

v&v.com : Tu veux dire que vous avez travaillé ensemble avec Safran Morgan Lagravière et Marc Guillemot ?
ALC : Oui. Le cahier des charges de Banque Populaire était clairement d’avoir un bateau plus sur, performant et innovant, mais en mutualisant les coûts. Et si la nouvelle jauge est plus restrictive afin de garantirune meilleure fiabilité et sécurité aux bateaux, notamment sur les quilles et le mât, il reste une grande liberté sur les carènes et appendices. C’est pourquoi nous avons travaillé avec Safran dès le début.

Armel Le Cléac"hArmel Le Cléac’h n’aura pas encore 40 ans pour son troisième Vendée Globe consécutif. Il sera clairement le grand favori. Photo @ Didier Ravon

v&v.com : La grande nouveauté est l’apparition de foils. Vous avez testé plusieurs configurations sur un Mini 650 ?
ALC : On a loué l’ancien bateau de Seb Magnen, un plan de 1998 avec lequel il a gagné la Mini et on lui a « greffé » deux types d’appendices afin de tester in situ son comportement. Les simulations numériques c’est bien, mais rien ne vaut de voir en navigation ce qui se passe vraiment. Et on a poussé le bateau dans ses retranchements !

v&v.com : Pourquoi avoir fait appel à Bertrand Pacé pour cette campagne d’essai sur un bateau à l’échelle 1/3 ?
ALC : Bertrand a en fait travaillé avec nous sur le dossier dérives dès le début du projet, et a mené toute la campagne d’essai. On se posait plein de questions, les gars du bureau d’études avaient beaucoup de travail avec la Route du Rhum, moi j’étais pas mal occupé avec le record de l’Atlantique Nord en solitaire… et avec Ronan, on avait aussi envie d’avoir un œil extérieur, avec quelqu’un de très expérimenté et affûté, capable de poser aussi les questions qui fâchent. Bref on savait qu’avec Bertrand, si le concept ne fonctionnait pas ou mal, il le dirait sans détours. En plus c’est quelqu’un qui cherche à comprendre, est pointilleux et très fort dans la mise au point. Il a vite eu de bonnes sensations. On avait le choix entre deux types de dérives et grâce à cette campagne qui s’est achevée juste avant le départ du Rhum, on a pu aller au bout de notre démarche.

v&v.com : Et donc installer de tels appendices sur un 60 pieds implique une nouvelle donne au niveau structurel ?
ALC : Tout à fait. La structure s’organise surtout autour du foil. C’est ce dernièr qui va supporter beaucoup d’efforts notamment le coude, et comme Guillaume (Verdier) avait travaillé sur les foils de Team New Zealand pour la dernière Coupe de l’America, il avait des idées très précises et ne partait pas de zéro. Ce qui a été compliqué ça a été de trouver un chantier (CDK ; ndlr) qui accepte de faire ça avec une technologie qui n‘est pas simple, avec une mise en œuvre qui prend beaucoup de temps tout en se gardant de la marge. On voulait ceinture et bretelles !

v&v.com : Ce qui veut dire que vous pourriez éventuellement revenir à des dérives droites si les essais en mer ne sont pas concluants ?
ALC : Oui absolument. Ce n’est pas vraiment l’idée ! Mais c’est aussi pour ça que dès le départ on n’a pas choisi une solution trop typée de façon à pouvoir revenir en arrière si nécessaire. Ou alors il fallait croire à 200 % dans cette solution et mettre nos c… sur le billot ! On est sur un compromis qui nous paraît assez cohérent. Et si cet été ou après la Transat Jacques Vabre, on n’est pas satisfaits, il nous restera du tempspour mettre des dérives droites. Ça on sait faire et c’est facile comme mise en place.

v&v.com : Mais quel est l’avantage de tels appendices… car cette 3 ème génération de plans VPLP-Verdier ne va pas voler pour autant ?
ALC : Non on ne va pas voler comme les AC62 ou les GC32 ! L’objectif, c’est d’alléger le bateauau maximum dès les allures de reaching et à partir de 10 nœuds de vitesse ! La quille inclinée permet déjà de « faire remonter » la carène et le foil sous le vent va alléger encore l’ensemble. Selon les architectes, un 60 pieds qui pèse environ 7 tonnes n’en pèsera « plus » que 5 avec ces foils.

Test mini 6.50Sur cette image du Mini 650 équipé de deux types de foils, notez le coude de l’appendice.Photo @ Y.Zedda / Banque Populaire

v&v.com : Et en gain de vitesse ça va donner quoi ?
ALC : Théoriquement on devrait gagner 2 nœuds de vitesse. Les architectes ont fait tourner les VPP avec ces foils à partir du tour du monde victorieux de Macif en 78 jours… et le temps gagné a été de deux jours.

v&v.com : Mais au près et dans les petits airs, ce sera un handicap ?
ALC : Certes tu augmentes la traînée et c’est le point négatif… mais sur un Vendée Globe les allures de près n’excèdent pas 10 %.

v&v.com : Est-ce que cela impliquera de plus barrer ?
ALC : Justement oui ! Non seulement Bertrand Pacé est convaincu qu’avec ces appendices on sera plus performant en barrant un peu plus, mais ce sont des engins où tu prends du plaisir au portant dans la brise à condition d’être bien abrité et calé. J’ai peu barré dans le dernier Vendée Globe souffrant d’avoir une mauvaise position de barre. Jean-Pierre Dick avait un vrai poste de barre avec un siège baquet pour barrer longtemps et confortablement, et Loïck Peyron qui a remporté la dernière Barcelona World Race avec lui, m’a dit tout le bien qu’il pensait de son installation. Sur Banque Populaire VIII je travaille donc sur l’ergonomie du poste de barre. Et je reste persuadé que lors du prochain Vendée, avec six plans VPLP Verdier neufs, la différence se fera aussi sur ça.

Mini 6.50Armel Le Cléac’h à la barre et Bertrand Pacé à l’écoute à bord du Mini 650 équipé de foils. Ça déménage et ça déjauge…Photo @ Y.Zedda / Banque Populaire

v&v.com : Tu vas donc soigner les protections ?
ALC : Ouije dois vieillir ! (rires). Plus sérieusement, ce sont des bateaux peu confortables, très humides et physiques, et il faut vraiment être protégé. Je me suis trop fait arroser lors du dernier Vendée avec un capot coulissant qui marchait mal et n’était pas vraiment étanche.

v&v.com : Mais encore ?
ALC : Je ne veux pas trop entrer dans les détails, mais disons que nous travaillons sur le bouge du pont, l’optimisation du matossage, car ce sont 800 kilos qu’il faut trimballer quotidiennement, sur l’abaissement du CG (centre de gravité), sur les ballasts (le bau du bateau est au max de la jauge soit 5,85 m ; ndlr), sur le mat-aile avec gréement de thonier, sur les voiles North avec Gautier Sergent qui a dessiné les voiles de Groupama 70 lors de la Volvo Ocean Race remporté par Franck Cammas, sur les taquets, l’intérieur… l’idée étant d’avoir un bateau très abouti, le plus puissant et léger possible.

v&v.com : Et pour la Jacques Vabre, tu as déjà choisi ton équipier ?
ALC : Oui ce sera Erwan Tabarly. On a débuté ensemble sur le circuit Figaro, on s’entend bien même si on n’a jamais navigué en double ensemble. Erwan a une grande connaissance sur de nombreux supports, et je compte beaucoup sur son œil « neuf » en IMOCA pour m’aider à revoir certaines choses dans l’idée de progresser.

v&v.com : Il paraît que tu vas faire du Diam 24 cette saison ?
ALC : Oui j’attaque demain un stage à Port La Forêt, et vais disputer les cinq Grands Prix de la saison 2015… sauf le TFV où le bateau sera loué à Nicolas Béranger et Pierre Mas (Bejaflore). Je serai accompagné de Ronan Lucas et Manu Leborgne. Vu le plateau attendu, ça va me permettre de garder la main sur les régates au contact, travailler les départs. Je crois qu’on va se régaler !

v&v.com : Et le trimaran Banque Pop VII vainqueur du Rhum, il est vendu ?
ALC : Non pas encore… mais c’est en cours. Ça discute.